D'UN OCÉAN À L'AUTRE... 

 ÎLE DE LA RÉUNION, PAYS INVITÉ D'HONNEUR 

«Seules les montagnes ne se rencontrent pas» affirme un proverbe populaire,  sauf peut-être, quand  l’île-montagne qu’est La Réunion répond à l’invitation de l’île-montagne Haïti pour la 3ème Edition des Rencontres des Cultures créoles en octobre 2019. Rencontres internationales qui permettent à tous de se découvrir, et de cheminer ensemble vers des sommets de partages et des pics de créations « du battant des lames au sommet des montagnes ».

Si les langues et cultures créoles semblent aussi diverses à travers le monde, que le sont chacune des personnes qui les composent, on rêve qu’une immense vague ondoye d’océan en océan, s’amplifie en une gerbe d’écume si puissante qu’elle recueille et restitue en innombrables gouttelettes irisées, toutes ces brillantes particules de créole ….. comme un reflet liquide,  en miroir de la Voie Lactée aux milliards d’étoiles.

Sur les rivages de toutes les îles tropicales, bien loin des cieux de leurs ancêtres, c’est en têtant le lait maternel que les enfants créoles d’ici et d’ailleurs, ont assimilé les sonorités et saveurs de leur langue. D’une île à l’autre, ces saveurs diffèrent. Les parfums et accents des origines africaines ou des terroirs insulaires de la mer Caraïbe en océan Atlantique, ne sont pas les mêmes que ceux des petites îles éparses dans l’Océan indien. 

Malgré leur apparente proximité dans l’archipel des Mascareignes : les îles Maurice et Rodrigues, La Réunion, et Les Seychelles n’ont pas du tout connu le même destin, et ne vivent pas les mêmes réalités linguistiques. Et pourtant, « sitantelman »de traits les rapprochent, toujours vivaces dans la vie quotidienne et les arts.

 

A La Réunion, petite terre volcanique, habitée depuis 350 ans seulement, les origines des habitants sont multiples à la croisée de trois vieux continents qui leur ont légué de fortes traditions. Les premiers habitants sont issus d’Europe et d’Afrique de l’Ouest, de Madagascar et du Mozambique. C’était aux temps inhumains de l’esclavage.  Après l’abolition, les immigrants suivants arrivent d’Inde, puis de Chine à l’époque rude de l’engagisme. Au vingtième siècle, les nouveaux habitants viennent du monde entier, au gré des migrations mondiales, et du développement touristique. 

Cette population-mosaïque, coulée de force et parfois de gré dans le creuset de la culture française, a eu la force de garder vivante sa langue créole, sa gastronomie et ses manières de vivre.  La culture créole réunionnaise vit en chacun, dans les gestes et les usages de chaque jour. Le hasard des brassages tout au long des routes maritimes de la Compagnie des Indes a favorisé les partages, échanges et créations, a fécondé et révélé des identités composites et recomposées à chaque génération au gré des métissages. Sans se soumettre aux cultures dominantes, la culture créole a su additionner les richesses de ses différences, dans ce que l’on vante comme étant le Savoir-Vivre-Ensemble Réunionnais. C’est un « amaillage »ancien et continu des cultures, que semblent épargner les replis communautaristes.

 

Les océans, qui autrefois ont favorisé le déplacement, la déportation,  l’exploitation des humains, ont bien le devoir aujourd’hui de transporter à travers le monde, dans leurs vagues et courants incessants, la force vive de la créolisation, la beauté de son imaginaire, et son ouverture à l’Autre. 

 

Catherine Panot

Ile de la Réunion

 FOCUS SUR FRANKÉTIENNE 

La 3e édition du festival Rencontres des cultures créoles se veut une édition spéciale. Du 27 au 31 Octobre, cette année, outre un pays créolophone à l’honneur (l'Île de la Réunion) et deux autres invités spéciaux (Martinique et Guadeloupe), nous ferons un focus sur Frankétienne dans l’objectif de lui rendre hommage et de promouvoir ses créations artistiques et littéraires. 

 

Découvrez ici un article qui rassemble un peu de tout sur la vie de cette figure de proue de la littérature d'expression créole, tout en dressant un tableau panoramique sur ses oeuvres tant littéraires que picturales, mais aussi ses apports à d'autres disciplines ou mouvements dont le "spiralisme" qu'il a co-fondé vers les années 1960 avec René Philoctète et Jean-Claude Fignolé.