Crédit : Edmond Lahoule

 KOLO BARST 

Auteur, compositeur, interprète, martiniquais, né à Basse-Pointe, il grandit au rythme du « bèlè baspwent » et va très tôt maitriser l’instrument. En 1992, il se tourne vers la guitare. Mais, « tanbouyé » dans l’âme, il retranscrit sur la guitare ce qu’il fait au tambour, signant ainsi le premier acte de sa couleur musicale atypique !

Musicien militant, fervent défenseur des racines culturelles de son pays, ses textes sont aussi de véritables plaidoyers en faveur de la dignité humaine. Empreint d’une grande spiritualité, Kolo BARST place Dieu et l’Homme au centre de tout. Dans son métier d’infirmier et son activité artistique, il vit et exprime cette nécessité pour lui de la rencontre permanente de l’autre. « La rencontre avec l’autre, confie-t-il, est quelque chose de fondamentale dans ma vie. Juste l’atteindre et ne pas le dépasser. La grandeur de l’Homme ce n’est pas le paraitre c’est l’être et dans la rencontre, je vais toujours vers l’être. Dans un morceau comme Achiki, c’est vraiment donner la grandeur qu’il y a en chacun de nous». Le public l’a bien compris, dès le 1ier album Lot Bô So sorti en 2004, vendu à plus de 40 000 exemplaires et qui récolte 3 prix SACEM !

Un succès que Kolo Barst reçoit avec cette simplicité chaleureuse qui vient du coeur, car pour lui, « sèl gran mèt sé Bondiè »

 

Il prend sa guitare avec ce washé déroutant et cette voix des profondeurs (« La voix » comme disent ses fans !) qui le caractérisent. Et il dit simplement son âme. Mais en se disant, il dit aussi chacun. Ses chansons deviennent alors des rencontres empathiques où le public va puiser-les témoignages sont éloquents- courage, apaisement, force, identité : le refrain du morceau Péyi nou a presque des allures d’hymne national martiniquais : "Elas !/Elas péyi mélé/Elas Matinik…..". Il dit aussi le monde, le peignant avec finesse et réalisme sur la toile délicate de sa musique acoustique. Six ans après Févriyé 74, le morceau Sivilizasion de son deuxième album Bidim Grâce, confirme la dimension historique de son engagement. D’un album à l’autre, l’expression est sans fioriture, sans faux-semblant, naturellement poétique, souvent métaphorique ; ni prosélytisme religieux, ni propagande idéologique. Le scalpel des mots justes et des images réalistes incise les consciences, légitimant ainsi l’appellation de MMK (Mizik Matinik Konsian) par laquelle il définit son style musical.

 

Une musique racine, celle de la résistance originelle pour la dignité sur les plantations : percussions-voix. L’artiste s’affranchit pourtant du carcan « musique traditionnelle ». Avec son groupe, La Tribu des Martyrs, il veut avant tout d’une musique d’écoute qui vienne au service de la parole : la convivialité des guitares (la sienne et celle de Roger RUSTER) apaise les sonorités guerrières du « tanbou bèlè » de Jean-Denis CESARINE ; le groove de la guitare basse de Jean MANON soutient délicatement les notes aériennes de la flûte en bambou ou de la clarinette de Tony POLOMACK. Le rythme est ralenti, les instruments se font chuchotements sublimés par le bâton de pluie de Michaëlle CESAIRE. L’alchimie fonctionne à merveille. Kolo BARST et son groupe distillent une musique acoustique savamment structurée qui enveloppe l’être, touche, émeut.

 

C’est en 2004 qu’il crée La Tribu des Martyrs, en résonance à son combat pour dignité : une formation musicale certes, mais avant tout un espace pour honorer les plus faibles et tous ces martyrs de la traite négrière, de la colonisation, des luttes ouvrières et de toutes les luttes d’émancipation.

 

Avec le MMK, l’espace culturel martiniquais s’enrichit d’une nouvelle forme musicale qui séduit non seulement le public antillais mais également international. Festivals Créoles Blues, Africolor, Variations Caraïbes, Francofolies, Eurovision… partout le même engouement indéfectible du public. « C’est, dit-il pour expliquer ce succès, un combat contre l’injustice et non une lutte identitaire raciale. C’est un combat que je mène dans le respect, et ça, je crois que les gens l’ont bien compris ».

 

Kolo BARST un artiste singulier, qui, petit à petit, fait passer la musique martiniquaise, du « anba fèy » vers l’universelle.